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Musée de la vie romantique, Paris

Coeurs, du romantisme dans l’art contemporain

Hearts, romanticism in contemporary art

Du 14 février au 12 juillet 2020 – From february 14 to july 12, 202016 rue Chaptal 75009 Paris

Avec : Martine Aballéa, Pilar Albarracín, John M. Armleder, Gilles Barbier, Ronda Bautista, Sophie Calle, Hsia-Fei Chang, Delphine Coindet, Jim Dine, Jacques Halbert, Oda Jaune, Ouka Leele, Philippe Mayaux, Annette Messager, Marc Molk, Mrzyk & Moriceau, Claude Nori, Vincent Olinet, Jorge Orta, Jean-Michel Othoniel, Françoise Pétrovitch, Pierre et Gilles, Sarah Pucci, Agatha Ruiz de la Prada, Niki de Saint Phalle, Ida Tursic and Wilfried Mille, Luise Unger, Winshluss.

Le musée de la Vie romantique présente une sélection inattendue de 40 œuvres de trente artistes contemporains autour de la représentation du cœur comme expression du sentiment amoureux, en écho à l’une des thématiques phares du romantisme. Cette exposition souhaite ouvrir la programmation du musée au-delà du XIXe siècle en explorant les prolongements du romantisme dans l’art contemporain, en résonance avec ses collections. À la manière des écrivains et peintres romantiques qui inscrivaient les passions au cœur de leur création, l’exposition invite à une découverte esthétique du cœur et de sa représentation. Le cœur en tant qu’organe, motif et symbole est présenté ici à travers différentes techniques : peinture, dessin, sculpture, céramique, néon et photographie. Certains artistes évoquent leurs sentiments et leurs tourments intérieurs en harmonie avec le romantisme du XIXe siècle. D’autres reprennent le motif en tant que forme esthétique et invitent à des pensées humanistes en ouvrant des horizons de sensibilité vers le rêve, l’idéal et le sublime

Le Musée de la Vie romantique presents an unexpected selection of 40 art works by thirty contemporary artists on the representation of heart as an expression of the feeling of love, echoing one of the main themes of Romanticism.
This exhibition aims to open the cultural program of the museum beyond the nineteenth century by exploring the continuation of Romanticism in contemporary art, in resonance with the museum’s collections. Like Romantic writers and painters who put the passions of the heart at the core of their creation, the exhibition takes visitors on an aesthetic discovery of the heart and its representation.
The heart as an organ, motif and symbol is presented here through various techniques: painting, drawing, sculpture, ceramics, neon and photography. Some artists illustrate their feelings and interior torment in harmony with nineteenth-century Romanticism. Others use the motif as an aesthetic form and invite humanistic thinking by opening the horizons of feeling toward dreams, the ideal and the sublime.

CURATORS – Commissaires d’exposition
Gaëlle Rio, Director, musée de la vie romantique Maribel Nadal Jové, Guest Curator


I dit it my e-Busway, Nantes,

Le Voyage à Nantes

Jacques Halbert peint sa première cerise en 1974. Il la déploie dès lors non seulement sur ses toiles, mais aussi dans la ville, sous forme d’autocollants, sur des palissades, des pancartes de manifestation, des véhicules, etc. Ce motif comme revendication de sa position artistique mène l’artiste de la peinture à la perfomance, de la France aux Etats-Unis. Avec humour et dérision, il s’efforce de relier l’art et la vie. De l’abstraction à la figuration, Jacques Halbert s’empare du e-Busway et l’habille d’un monochrome « qui cache son jeu », les cerises ne se dévoilant qu’à mesure qu’on s’en approche.

Jacques halbert painted his first cherry in 1974. Since then, he has spread them onto his canvases, his life and the city in the form of stickers, fences, protest signs, vehicles, and more. This motif as a political symbol of his artistic position has taken the artist from painting to performance, and from France to USA. With humour and derision, the artist does everything he can to link art to life. From the abstract to the figurative, Jacques Halbert takes over the e-Busway and clothes it in a monochrome that plays « hide and seek » with the spectator, since the cherries only reveal themselves as the bus approaches its destination.

La vue dans les lunettes

Du 15 novembre au 15 décembre 2019
Beaumard Optique, 30 rue du Portail Louis, Saumur, 49

C’est dans les vitrines de galeries, encadreurs et autres magasins qu’enfant puis adolescent j’ai découvert l’art (avant les livres); elles m’ont toujours attiré comme un aimant et c’est toujours vrai.
Quand Yoann Nielz, mon nouveau lunetier Saumurois m’a proposé d’occuper la sienne à Beaumard Optique, j’ai immédiatement accepté. Ni lui ni moi n’avions aucune idée de ce qui en résulterait. Je me suis rapidement souvenu avoir peint sur des lunettes en 1984 à New York pour mon vernissage à la galerie Gracie Mansion dans le East Village. 
Yoann, que je ne connaissais que depuis deux heures, me donna un sac plein de lunettes et nous partîmes sur l’idée que j’allais les peindre et les placer sur ses rayonnages parmi les montures de luxe. L’installation dans la vitrine a suivi avec des pinceaux peints et un hommage à Ben Vautier plein d’humour.
Dédiée à Raymond Roussel dont la lecture de « LA VUE » m’enchanta, cette installation fait également référence à mon ami Jean Dupuy qui avait montré une pièce intitulée « La vue dans la lunette » à la galerie Riedel à Paris au début des années 80. Cabinet de lecture s’il en fut, ahah, ohoh!!!! Toucher un large public de passants, avertis ou non, en sortant du cadre de l’exposition en galerie, musée ou centre d’art m’intéresse. J’avais fait, avec succès, une première expérience à Sète en 2007 dans une vingtaine de magasins ou j’avais placé des toiles lors de mon intervention au MIAM.
J’étudierai toute proposition de réitérer l’expérience dans des vitrines de boulangerie, charcuterie ou autres marchands de parapluies, à la seule condition d’avoir carte blanche.

Photo Nicolas Bruant

La mort ma bite, à Pierre Giquel

Exposition à la galerie l’Oeil Histrion à Caen jusqu’au 16 novembre 2019 3 rue Saint-Michel 14000 Caen www.oeilhistrion.com

Ceci n’est pas une (non-)cerise

Qu’ai-je vu de si caché que je ne saurais voir ? Le bleu n’était pas un fond, n’avait rien d’un fond, lui qui était tout plein, rond et repu et saturé de sa propre couleur, criard et bleu comme seul le bleu sait l’être.
On a presque cru que ce fond était la forme tant il était peu fond, peu en retrait (peu timide, un bleu clinquant et m’as-tu-vu), tant il saillait tant il surgissait ; et les cerises dessus auraient pu être tout autant fond, ou tout aussi peu fond ces formes pourtant rouges (rouges, elles l’étaient neuf fois), et délimitées et démarquées et cernées et détourées.

Pas un fond mais un bleu qui se tient là, devant le reste, et les cerises non pas dessus mais entre le bleu, comme si elles avaient dû se frayer une place, découper le bleu pour s’y loger (peut-être de force).
Rondes et neuf fois rouges, et à l’âge de la reproductibilité, dix fois dupliquées et les dix copies encore re-produites, plagiées, à elles-mêmes leur propre plagiat, ne différant les unes des autres que par leur degré de ressemblance, de voisinage, de parenté, dix fois dix sœurs, siamoises, ou cousines germaines. Mais une fois une cerise pourtant est grise, ou elle a la tête à l’envers et la queue en l’air : comme une cadette malade, une petite dernière pâle ou esseulée.

Mais les cerises n’étaient pas des cerises.
Du moins pas ces cerises qu’on trouve sur les cerisiers, ni bigarreaux ni griottes ni burlats ni sur aucuns gâteaux, ni sur les étalages (car elles sont intrinsèquement leur propre étalage, elles sont façade vitrine devanture d’elles-mêmes et en elles-mêmes, comme si une publicité s’auto-vantait, était tout à la fois la publicité et son propre produit, se vantait en abîme), cerises de publicité, cerises publiques (comme
on dit filles publiques), cerises plastifiées, parachevées, et toutes bien que duplicata, toutes prototypes, chacune prototypes, chacune étalon, chacune l’originale des autres.
Cerises à la fois immangeables et appétissantes, appétissantes parce qu’immangeables : et jamais ni gâtées ni pâteuses ni talées :
une seule est grise, on l’a dite, la cadette, qui au bout de la bite, lévite, queue en l’air.

Et ni les bites ni les langues ne sont celles-ci sucées, celles-là suçantes, ni vice ni versa,
pas d’envers, tout est faux, mais tout est dit.
Il ne faudrait pas chercher à retourner le tableau : on ne trouverait au dos que son châssis.
Il n’y a rien de caché.
Pas de rébus, pas de chiffre secret, rien d’occulte : radical exotérisme, voici ce que voici, esse es percipi, ce qui est est, ce qui est perçu est tout entier dans sa perception, il est épuisé dans sa donation : et si on retourne une cerise, on risque juste d’abimer la peinture.

Mais des figures étaient cachées et qui riaient.
Des têtes de morts et des bites et des bouches.
Et l’œil a besoin d’un certain laps de temps pour voir dans le noir surgir en chair et en os les squelettes les glands, les langues, les chairs et les os. Il y a quelque chose à découvrir sous les apparences.
Mais même ces cachotteries, ces trompe-l’œil, étaient en quelques sorte pré-visibles, et les enfants farceurs sont mal cachés derrière les rideaux et tout est déjà divulgué, exhibé, proclamé ; et sans avoir vu, c’était déjà tout vu. Pas d’imposture, la découverte est découverte mais personne n’était dupe, ou le mystificateur était aussi son dupe, il est agent et patient, ou c’est un canular qui se montre en tant que canular, ou un mensonge pour de rire et toujours déjà tout prêt à se dénoncer, un mixte exact d’innocence et de duplicité.

Et en même temps il faut bien dire le contraire. Si tout est là, exhibé, donné, s’il n’y a rien qui se trame sous cape, dans les pores des toiles, si tout est rendu, poignets tendus, bas les masques et bonnes intentions, il reste que les cerises, en vrai, n’étaient pas des cerises.
Non qu’elles fussent cerises de pacotille, ou moins cerises que pruneaux, fruit hyperbolique et métempirique, ou rébus, ou signe, ou allégorie de quoi que ce soit (rien n’est vanité), non qu’elles fussent autres qu’elles-mêmes, mais cet extraordinaire : elles étaient à la fois tautologiques et duplices.
Duplices au moment même où leur tautologie était établie, arrêtée, assurée. Il y a quelque chose dans cette cerise pléonastique et schizophrénique, qui n’affirme plus la réalité ontique de quoi que ce soit, ni cerise ni pipe et ni fellation, et qui ne dit jamais : « il y a », mais désigne une extra-diégèse notionnelle, infra-monde im-monde bien que bien mondain, à la fois in et out.
Rien dans les mains rien dans les poches, et pourtant quelque chose d’autre tout à la fois ici et ailleurs, présent et absent. Ce n’est rien d’autre qu’une cerise, mais ce n’est pas une cerise. C’est le quod et le quid, où la copule « et » est impensable ; c’est une cerise de peinture c’est entendu, (ces peintures intitulées « Peinture ») mais quant à la peinture-de-cerise, elle est elle-même, purement et simplement, si bien qu’on ne peut plus dire : ceci est une peinture de cerise, car alors le motif de la cerise est si controuvé, si tout de toc, si plastifié qu’il en redevient absolument authentique. C’est sa
couleur, son fard qui prouve qu’elle a un noyau.
On sait comme les vendeurs recouvrent les fruits de vernis pour qu’ils soient plus lisses et polis et lustrés. Rouges aux joues, queue en l’air, vantardes ces cerises sont aussi maquillées (mais une est grise, la petite malade, la petite sœur exsangue et elle dit « je suis une putain qui s’est retirée dans le coin de la chambre avec le sexe de la mort plein la bouche, je suis une putain qui s’est retirée dans le coin de la chambre avec le sexe de l’amour plein la bouche » (Loui Arti.)

Les autres les grandes sœurs (car ce ne serait qu’une belle obsession monoïdéique mais non, la cerise est plusieurs, elle est plusieurs unités, et elle est plusieurs en une) ; voyons cette autre (la même différente), c’est une coquette à qui on aurait dit quelque chose au creux de l’oreille qui fait semblant de s’enfuir à toute jambes, rougit (neuf fois), mais subrepticement se retourne et vérifie qu’elle est suivie.
Elle est suivie.
La mort est là, toutes dents dehors louve guettant les petits chaperons.
Si le jeu est puéril, le fait de jouer, lui, est très sérieux.

L’être amphibie de cette cerise, fruit bifrons, qui est encore là toute dans la démonstration outrageuse de son image qui est tout elle, (quand sa confusion est sa clarification), cette (non-)cerise effrontée, nue, comme un ver, et précisément sans aucun vers dans aucun fruit, précise et cise dans le bleu, comme prise dans la glace d’un non-ciel qui ne couvre pas bien les bites et les langues qui le composent, qui font son (non-)fond, cette (non-)cerise est une monade à la monadologie bien huilée : fond sombre et formes déclarées, distinguées, ou sans formes ni fond ou que forme et fond se confondent, cette (non-)cerise enfin était peut-être une équivocité sans équivoque ; et j’ai vu l’invisible : ce qui, dans la cerise, entrelace l’être et le non être.

Marianne Pistone

FIAC 2019 « The pope of cherries »

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